Nous éprouvons souvent le désir sincère d’aider les autres. Nous voudrions partager ce que nous avons reçu de Dieu, transmettre une vérité qui nous a éclairés, donner un conseil utile ou encourager une personne à se rapprocher du Seigneur.
Pourtant, il arrive que nos meilleures intentions ne produisent pas les fruits espérés. Nos paroles sont rejetées, nos conseils sont mal accueillis et, parfois même, ceux que nous cherchions à aider se retournent contre nous.
Cette expérience humaine n’est pas nouvelle. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même nous met en garde lorsqu’Il déclare :
« Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré ; ne jetez pas vos perles aux pourceaux, de peur qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. »
(Mt 7, 6)
À première lecture, ces paroles peuvent sembler dures. Pourtant, elles ne sont nullement une invitation au mépris ou au jugement des autres. Elles nous enseignent une vertu essentielle de la vie chrétienne : la prudence.
La vérité doit être proposée avec sagesse
Nous savons que la charité nous oblige à vouloir le bien de notre prochain. Mais vouloir le bien ne signifie pas toujours dire immédiatement tout ce que nous pensons ou tout ce que nous savons.
Une semence, même excellente, ne porte du fruit que si elle est déposée dans une terre préparée. De même, certaines vérités spirituelles exigent un cœur disposé à les accueillir.
Combien de parents souffrent de voir leurs enfants s’éloigner de la foi ? Combien d’époux ou d’épouses désirent la conversion de leur conjoint ? Combien de chrétiens souhaitent partager leur amour de Dieu avec leurs proches ?
Face à ces situations, la tentation est grande de multiplier les arguments, les avertissements ou les reproches. Pourtant, l’expérience montre que les cœurs s’ouvrent rarement sous la contrainte.
Dieu lui-même agit avec patience. Il éclaire, attire, inspire et attend. Il respecte la liberté de chacun et prépare souvent les âmes longtemps avant qu’elles ne soient prêtes à recevoir certaines grâces.
La charité ne consiste pas à imposer
La véritable charité ne cherche pas à imposer la vérité, mais à conduire l’autre vers elle.
Il existe des moments où parler est nécessaire. Il en est d’autres où le silence, la prière et l’exemple personnel sont plus efficaces que de longs discours.
Un conseil donné au mauvais moment risque d’être rejeté. Une correction formulée sans discernement peut blesser au lieu d’aider. Une vérité présentée trop tôt peut susciter une fermeture plutôt qu’une conversion.
La sagesse chrétienne consiste à discerner non seulement ce qu’il faut dire, mais aussi quand et comment le dire.
La prudence, une vertu souvent méconnue
Dans le langage courant, la prudence est parfois confondue avec la timidité ou l’hésitation. Pourtant, la tradition chrétienne lui donne un sens beaucoup plus profond.
La prudence est la vertu qui nous aide à choisir les moyens les plus adaptés pour accomplir le bien.
Celui qui agit avec prudence ne renonce pas à la vérité ; il cherche simplement la manière la plus efficace de la faire aimer et accepter.
Les saints ont toujours pratiqué cette vertu. Ils savaient parler avec courage lorsque les circonstances l’exigeaient. Mais ils savaient également attendre l’heure de Dieu, convaincus que la grâce agit souvent dans le secret des cœurs.
Protéger les trésors spirituels
Cette parole de Jésus ne concerne pas seulement notre manière d’aider les autres. Elle nous invite également à réfléchir à notre propre rapport aux choses saintes.
La foi, la prière, les sacrements, les inspirations de la grâce sont des trésors précieux. Nous pouvons parfois les banaliser, les exposer inutilement aux moqueries ou les traiter avec une légèreté qui ne correspond pas à leur valeur.
Certaines réalités sacrées demandent respect, recueillement et discrétion. Elles grandissent dans le silence du cœur avant de pouvoir être partagées avec les autres.
Les « perles » dont parle l’Évangile sont aussi ces dons spirituels que Dieu nous confie et que nous devons apprendre à garder, à protéger et à faire fructifier.
Demander la sagesse de Dieu
La vie chrétienne ne consiste pas seulement à aimer le bien. Elle consiste aussi à apprendre à le faire avec sagesse.
Il est relativement facile d’agir sous l’impulsion de l’enthousiasme ou de l’émotion. Il est plus difficile d’agir selon les desseins de Dieu, en respectant les temps de la grâce et les chemins mystérieux par lesquels Il conduit chaque âme.
Demandons donc au Seigneur de nous accorder une charité éclairée par la prudence.
Qu’Il nous apprenne à parler lorsque c’est nécessaire, à nous taire lorsque le silence est plus fécond, à attendre lorsque l’heure n’est pas encore venue et à agir avec courage lorsque le moment est arrivé.
Alors nos paroles et nos actions deviendront de véritables instruments de la grâce, capables de conduire les âmes vers Dieu selon sa volonté et non selon nos propres impatiences.



