Histoire de l'habit

Histoire de l’habit des Hérauts de l’Évangile

Un habit né avant les Hérauts de l’Évangile

Voilà une affirmation qui peut surprendre : l’habit des Hérauts de l’Évangile est né avant les Hérauts eux mêmes. Il n’a pas toujours eu la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Il a beaucoup changé au fil des années et, en découvrant son histoire, on découvre aussi davantage qui sont ceux qui le portent.

Pour comprendre cet habit, il faut remonter très loin, jusqu’à ce que l’on peut appeler la préhistoire des Hérauts de l’Évangile.

Le projet de Dr Plinio Corrêa de Oliveira

À l’origine de cette histoire se trouve l’œuvre d’apostolat de Dr Plinio Corrêa de Oliveira, maître du futur fondateur des Hérauts de l’Évangile. Dès le commencement, Dr Plinio voulait enthousiasmer les âmes par la beauté, en contraste avec ce que le monde contemporain prêche, à savoir la saleté et le péché.

Il désirait fonder une association pleinement insérée dans l’Église catholique, capable de la servir avec une vitalité nouvelle et d’attirer les âmes à la Vierge Marie par le merveilleux et la splendeur. Cependant, les circonstances de l’époque ne permirent pas à ce rêve de s’accomplir durant sa vie. Il ne prit forme que lorsqu’il se trouvait déjà dans l’éternité, et ce fut dans la personne du fondateur des Hérauts de l’Évangile, Mgr João Scognamiglio Clá Dias, qu’il se réalisa.

La rencontre de Mgr João avec Dr Plinio et la sodalité Virgo Flos Carmeli

Mgr João Clá fit la connaissance de Dr Plinio en 1956, dans la basilique de Notre Dame du Carmel. Avant même la formation d’une entité civile, le petit groupe de Dr Plinio, que l’on appelait alors le petit groupe de Plinio, constituait une sodalité nommée Virgo Flos Carmeli, composé de membres du tiers-ordre des Carmes.

Ayant Dr Plinio comme prieur, ces membres se sont consacrés à la Vierge Marie, afin de mieux la servir. Le jeune João Clá, en connaissant Dr Plinio, entra dans cette sodalité et porta l’habit du tiers-ordre des Carmes.

En 1960 fut fondée la Société brésilienne pour la défense de la Tradition, Famille et Propriété, la TFP. Cette société civile, fondée par Dr Plinio, constituait un premier pas en direction de l’association dans l’Église qu’il désirait tant.

La vie communautaire à l’ermitage de São Bento

Une décennie plus tard, dans un ancien monastère bénédictin, certains membres du groupe commencèrent à mener une vie communautaire. Jusqu’à ce moment, ils utilisaient comme vêtement l’habit du tiers-ordre des Carmes.

eur vie s’organisait entre la prière, l’étude et les activités apostoliques menées auprès des jeunes qui se rapprochaient du groupe de Dr Plinio Corrêa de Oliveira. Parmi ces membres se trouvait Mgr João, l’un des ermites de l’ermitage de São Bento. Cet ermitage deviendra, plusieurs décennies plus tard, la maison mère des Hérauts de l’Évangile.

Les premières modifications de l’habit carmélitain

À l’ermitage de São Bento, les membres portaient l’habit de l’ordre tertiaire du Carmel, mais avec deux différences notables. La ceinture traditionnelle avait été remplacée par une chaîne portant un chapelet, et, en lieu et place de simples chaussures, ils utilisaient des bottines hautes.

Porter une chaîne à la taille fut une suggestion de Mgr João à Dr Plinio et symbolisait l’esclavage d’amour à la Très Sainte Vierge, pratique que tous observaient selon l’enseignement de saint Louis Marie Grignion de Montfort. Quant aux bottines hautes, elles annonçaient déjà les bottes qui apparaîtraient peu après.

Ces modestes transformations révélaient déjà le besoin de concevoir un habit qui exprime pleinement l’identité propre du groupe.

Le désir de devenir des chevaliers de la Vierge

Pourquoi les bottes jouaient elles un rôle si important dans l’évolution de l’habit? Parce que tous nourrissaient un ardent désir de servir la Sainte Vierge d’une manière particulière, en se comprenant comme des chevaliers à son service. C’était là l’inspiration que la grâce faisait naître dans leurs cœurs.

Pour que cet idéal prenne forme, le scapulaire et la tunique du Carmel furent raccourcis, et l’on ajouta des bottes hautes, adaptées à celui qui se veut chevalier de la Vierge. Dr Plinio souligna toutefois que ces bottes ne devaient présenter aucune connotation mondaine ou délicate. Pour s’opposer à la mode de l’époque, elles furent dotées de larges boucles, dont l’aspect évoquait les vertus de pauvreté et de force.

La croix de l’ordre de Santiago et la symbolique des couleurs

Après ces premières modifications, l’étape suivante consista à encadrer le scapulaire d’une croix qui exprimerait à la fois la douleur et la gloire. Parmi les nombreuses formes possibles, celle retenue après mûre réflexion fut la croix de l’ordre militaire de Santiago.

Sans oublier la douleur, cette croix comporte aussi les fleurs de la splendeur, annonçant les joies de la Résurrection. Pour accentuer la dimension symbolique, trois couleurs furent choisies:

  • le rouge: la disposition à se livrer entièrement, le martyre
  • le blanc: l’amour de la pureté et de la chasteté
  • le doré: la foi et la dévotion envers la Vierge Marie

Ainsi, Mgr João Clá voulut que, partout où se rendraient ceux qui porteraient cet habit, leur seule présence annonce déjà la croix du Christ.

Le capuchon pointu et l’aide de Mère Maria Leticia

À ces éléments vinrent s’ajouter les bottes, la croix, la chaîne, le chapelet et le capuchon. Ce capuchon fut ajouté pour souligner l’importance fondamentale de la prière et du recueillement. Contrairement aux frères carmes, Mgr João, répondant aux désirs de Dr Plinio, élabora un capuchon pointu, toujours tourné vers le ciel.

Sa confection suscita cependant une difficulté: où trouver quelqu’un pour réaliser un tel capuchon? Pour cela, on demanda l’aide de la supérieure rédemptoriste, Mère Maria Leticia. Dès les premiers contacts, elle fut une fervente sympathisante de Dr Plinio. Douée pour la couture, elle réalisa un patron pour le capuchon, conforme aux souhaits de Mgr João Clá et au goût de Dr Plinio.

Cette amitié avec Mère Leticia se maintint, et, depuis son couvent à Rio de Janeiro, elle pria pour la TFP jusqu’à la fin de sa vie. Mais cela appartient déjà à une autre histoire.

Le nouvel habit était désormais prêt. Tous ceux qui entraient dans la vie érémitique brûlaient du désir de le recevoir. En attendant ce moment, ils portaient une simple tunique brune dépourvue de scapulaire.

Le développement de nouveaux habits: blanc, puis beige

Ces candidats apparaissaient à Dr Plinio trop jeunes pour porter un habit brun, qui exprimait une certaine gravité. Prenant en compte cette remarque, Mgr João lui présenta de nouvelles propositions. C’est ainsi que naquit l’habit blanc accompagné d’un scapulaire brun.

Cependant, le temps passait et le groupe ne cessait de s’élargir, attirant des vocations toujours plus jeunes au sein de la TFP. Mgr João se trouva alors dans l’obligation de créer un nouvel habit, cette fois de couleur ivoire vieilli, un beige, qui fut connu en interne sous le nom d’habit de Héraut.

Le grand rêve de Dr Plinio et l’approbation pontificale

On se rappelle alors le grand rêve de Dr Plinio. Il désirait une association reconnue au sein de l’Église, et ce fut Mgr João qui obtint cette approbation. Ce qui, en temps ordinaire, exigerait des décennies, se réalisa pourtant en seulement six ans.

Le 22 février 2001, en la fête de la Chaire de Saint Pierre, Sa Sainteté saint Jean-Paul II approuva les Hérauts de l’Évangile, première association privée de fidèles du vingt et unième siècle.

Les ajustements après l’approbation des Hérauts de l’Évangile

À cette occasion, Mgr João en profita pour apporter de nouveaux ajustements à l’habit, lui conférant un éclat encore plus marqué. La croix de Santiago prit des lignes plus pointues dans ses courbes, et les bottes à boucles furent remplacées par des bottes de cavalerie.

À la fin de 2002 arrivèrent les premières clés pontificales, destinées à faire partie elles aussi de l’habit des Hérauts de l’Évangile. Mgr João commenta que la croix de saint Jacques et le lion paraissaient être en lutte pour vaincre, alors que les clés, elles, avaient déjà vaincu il y a deux mille ans.

L’habit de la branche féminine

Il faut encore à mentionner l’habit du deuxième ordre. À la fin des années 1970, quelques jeunes filles qui s’étaient rapprochées de la TFP souhaitaient adopter le même style de vie. Peu à peu, ce petit noyau se développa.

En 1999, Mgr João conçut un uniforme destiné à ces jeunes. Puis, en août 2002, elles reçurent elles aussi un habit: une tunique dorée accompagnée d’un scapulaire brun.

Les prêtres et la clé pontificale

Mgr João percevait que tout cela ne suffisait pas encore. Avec l’approbation pontificale des Hérauts, si le groupe se trouvait désormais au cœur de l’Église, il devenait nécessaire de franchir une étape supplémentaire et de monter jusqu’aux marches de l’autel.

Au début, les prêtres continuaient à porter le même habit qu’auparavant, à une modification près au niveau du col. Toutefois, à mesure que leur nombre croissait, il devint nécessaire de leur attribuer un habit propre, aisément identifiable.

En 2008, Mgr João décida que l’habit brun serait désormais réservé aux clercs et ne serait plus porté par les membres les plus anciens. Ceux ci revinrent donc à l’habit blanc avec capuchon.

Alors que tous les autres habits portent, à gauche de la croix, un médaillon représentant les trois piliers de la spiritualité des Hérauts, à savoir l’Eucharistie, La Vierge Marie et la papauté, les prêtres, eux, portent une grande clé pontificale. L’habit était prêt, ou plutôt presque prêt.

Les distinctions pour le fondateur et les clercs supérieurs

Il ne manquait plus qu’un détail. Le fondateur fut nommé protonotaire apostolique et chanoine honoraire de la basilique papale de Sainte Marie Majeure, raison pour laquelle on l’appelle avec tant d’affection filiale Mgr João.

À partir de ce moment, dans les catégories supérieures de la branche cléricale, des bandes rouges furent ajoutées sur les manches et sur le col de l’habit brun. En tant que fondateur, il lui revenait d’imaginer l’habit et d’en perfectionner chaque détail.

Une évolution selon la logique de l’Église

Une objection peut venir à l’esprit. Pourquoi ne pas avoir réalisé tout cela d’un seul coup? Pourquoi tant d’étapes, si la création de cet habit était vraiment inspirée par Dieu?

Parce que l’Esprit Saint a toujours agi ainsi dans l’Église. La sainte Église catholique est comparée à une semence. Elle a été plantée avec beaucoup d’amour et de soin par Notre Seigneur Jésus Christ, arrosée par le sang des martyrs et cultivée par les saints Pères de l’Église.

Au fil des siècles, elle a grandi et porté des fruits, jusqu’à devenir un arbre touffu dont les branches s’étendent sur le monde entier. Puisque les Hérauts de l’Évangile font partie de cette Église, il était normal et naturel que ce développement progressif se manifeste aussi dans leur histoire.

Le but de l’habit dans le monde d’aujourd’hui

Mgr João conçut cet habit avec une intention claire. Dans un monde où règne le péché plutôt que l’amour de Dieu, il souhaitait qu’en voyant les Hérauts de l’Évangile, chacun soit éveillé aux réalités religieuses et se sente invité à raviver l’amour et la foi envers la sainte Église, toujours puissante et victorieuse.


Ce récit est strictement fondé sur l’histoire telle qu’elle est racontée dans un témoignage filmé