Dans l’Évangile selon saint Matthieu, Notre-Seigneur adresse aux scribes et aux pharisiens un avertissement particulièrement sévère. Il leur reproche de respecter scrupuleusement certains détails de la Loi tout en négligeant ce qui est beaucoup plus important : « La justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste. » (Mt 23, 23 — AELF)
Puis Jésus emploie une image saisissante : « Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau ! » (Mt 23, 24 — AELF)
Derrière cette formule volontairement frappante se trouve une leçon qui demeure toujours actuelle. Il est possible d’accorder une importance considérable à des choses secondaires tout en passant à côté de l’essentiel.
Cet avertissement concerne particulièrement tous ceux qui ont reçu la responsabilité de guider quelqu’un : les parents, les enseignants, les prêtres et, plus largement, toute personne à qui une autre personne a été confiée.
La question posée par cet Évangile traverse donc les époques : savons-nous encore reconnaître ce qui est vraiment important ?
Nous sommes tous appelés à guider quelqu’un
Un guide n’est pas défini par le nombre de personnes qui le suivent, mais par sa mission.
Un père est un guide pour ses enfants. Une mère est un guide. Un enseignant est un guide pour ses élèves. Un prêtre est un guide pour les âmes qui lui sont confiées.
Le rôle du guide est de montrer le chemin, d’accompagner et d’aider celui qui lui est confié à avancer dans la bonne direction.
La question devient alors très concrète : sommes-nous des guides qui voient clairement ce qui est important, ou des guides aveugles ?
«Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau»
Notre-Seigneur nous montre en quoi consiste cet aveuglement : donner une importance excessive à des choses secondaires tout en négligeant ce qui est essentiel.
Une scène très simple permet de comprendre cette parole.
Un père descend de voiture avec son petit garçon de quatre ou cinq ans. L’enfant cherche à lui parler:
— Papa… papa… papa…
Mais le père est absorbé par son téléphone. Il ne regarde presque pas son enfant et ne prête guère attention à ce qu’il essaie de lui dire.
Quelques instants plus tard, l’enfant ferme la portière de la voiture un peu trop brusquement.
Alors tout change.
Le père range immédiatement son téléphone, se retourne et réprimande vivement l’enfant :
— Ne ferme pas la porte comme ça ! Qu’est-ce que tu fais ?
L’enfant, surpris par cette réaction, reste effrayé.
C’est là que l’image employée par Notre-Seigneur prend tout son sens : on filtre le moucheron et l’on avale le chameau.
La portière fermée trop brusquement devient soudain un problème considérable.
Mais l’enfant qui cherchait depuis plusieurs instants l’attention de son père ? Cela semblait secondaire.
Quand un détail prend la place de l’essentiel
Qu’est-ce qui compte le plus ?
Apprendre à un enfant à ne pas claquer une portière ? Ou lui apprendre qu’il est aimé, écouté et accompagné ?
En réalité, il faut faire les deux.
Un enfant doit apprendre à respecter les choses, à bien se comporter, à dire « s’il vous plaît », « merci » et « pardon ». Il doit apprendre l’ordre, la politesse, la discipline et les bonnes manières.
Notre-Seigneur ne demande nullement de négliger ces choses. Il dit précisément :
« Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste. »
Le problème apparaît lorsque nous devenons extrêmement attentifs aux détails tout en oubliant « ce qui est le plus important ».
Dans l’éducation d’un enfant, il ne suffit donc pas de lui apprendre ce qu’il doit ou ne doit pas faire. Il faut aussi lui donner ce dont il a profondément besoin : une présence, une affection véritable, une bonne formation et un exemple à suivre.
Que faut-il vraiment transmettre à un enfant ?
Pour un père et une mère, certaines choses sont fondamentales : l’affection, l’attention, la présence, l’éducation chrétienne et le bon exemple.
Lorsqu’un enfant de cinq ans vient vers nous et cherche à nous parler, il faut parfois savoir interrompre ce que nous sommes en train de faire.
À cet instant, cet enfant peut être plus important que le téléphone, le message ou la notification.
Il faut l’écouter.
Parler avec lui.
Jouer avec lui.
Lui apprendre à prier.
Lui transmettre la foi.
Le corriger lorsque cela est nécessaire, mais avec justice et affection.
Et surtout, lui montrer par notre propre vie ce que nous cherchons à lui enseigner.
Car les enfants n’apprennent pas seulement à partir de ce que nous leur disons. Ils apprennent aussi — et souvent davantage — à partir de ce qu’ils nous voient faire.
Ces petites absences qui créent la distance
Il arrive que des parents s’étonnent lorsque leur enfant, arrivé à l’adolescence, ne leur parle plus ou ne leur fait plus confiance.
Ils se demandent :
« Pourquoi ne m’écoute-t-il plus ? Pourquoi ne me raconte-t-il rien ? »
Mais la distance entre les parents et leurs enfants ne commence pas toujours à l’adolescence.
Elle peut commencer beaucoup plus tôt.
Elle se construit parfois à travers une accumulation de petites absences : un enfant qui veut raconter quelque chose et que l’on n’écoute pas, une question à laquelle on ne répond pas, un moment où un écran reçoit davantage d’attention que lui.
Pris séparément, ces instants peuvent sembler insignifiants.
Mais répétés au fil des années, ils peuvent peu à peu creuser une distance.
Voilà pourquoi celui qui a reçu la mission d’éduquer doit apprendre à discerner ce qui est véritablement important.
Un enfant : une âme confiée par Dieu
Avoir un enfant, c’est recevoir un immense trésor.
Peu importe qu’il soit particulièrement intelligent ou non, qu’il ait un caractère facile ou difficile, qu’il corresponde ou non à ce que ses parents avaient imaginé.
Il possède une âme immortelle.
Une âme pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ a versé son Sang.
Une âme appelée à connaître Dieu, à L’aimer et à parvenir au Ciel.
Celui qui reçoit la mission de former cette âme reçoit donc une très grande responsabilité.
Il ne suffit pas de donner à un enfant une maison, des vêtements, une bonne école ou toutes sortes d’activités. Il faut aussi lui transmettre ce qui touche directement son âme : la foi, l’affection, une bonne éducation, la présence de ses parents, une correction juste et le bon exemple.
Voilà l’essentiel.
Avant de corriger l’autre, regarder son propre cœur
Notre-Seigneur poursuit son enseignement avec une autre image : « Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe, afin que l’extérieur aussi devienne pur. » (Mt 23, 26 — AELF)
Cette parole concerne également celui qui veut guider les autres.
Avant de vouloir corriger tout ce qui ne va pas chez un enfant, un élève ou une personne dont nous avons la responsabilité, il est bon de regarder aussi notre propre cœur.
Sommes-nous patients ?
Sommes-nous attentifs ?
Donnons-nous l’exemple de ce que nous exigeons des autres ?
Demandons-nous à un enfant de contrôler sa colère alors que nous-mêmes nous nous emportons facilement ?
Lui demandons-nous de prier alors qu’il ne nous voit jamais prier ?
Exigeons-nous de lui le respect alors que nous ne lui parlons pas toujours avec respect ?
Un véritable guide ne se contente pas d’indiquer le chemin. Il cherche lui-même à le parcourir.
Justice, miséricorde et fidélité : retrouver l’essentiel
Les paroles de Notre-Seigneur nous ramènent finalement à trois réalités fondamentales : « la justice, la miséricorde et la fidélité ».
La justice nous apprend à donner à chacun ce qui lui est dû.
La miséricorde nous empêche de réduire une personne à ses défauts et à ses fautes.
La fidélité nous apprend à persévérer dans notre mission, même lorsqu’elle devient difficile.
Ces trois vertus sont particulièrement nécessaires à ceux qui ont reçu la responsabilité de former et de guider les autres.
Il faut savoir corriger sans humilier, être exigeant sans perdre la bonté, pardonner sans renoncer à éduquer et demeurer présent même lorsque la tâche devient difficile.
Ne pas oublier l’essentiel
Demandons à la Très Sainte Vierge Marie de nous obtenir la grâce de ne jamais devenir des guides aveugles.
Qu’Elle nous aide à reconnaître ce qui est véritablement important et à ne pas donner une importance démesurée aux détails en oubliant l’essentiel.
Qu’Elle aide particulièrement les parents à regarder leurs enfants comme des âmes précieuses confiées par Dieu à leur amour et à leur responsabilité.
Et qu’Elle obtienne à tous ceux qui doivent guider les autres la grâce de le faire avec justice, miséricorde, fidélité, affection et bon exemple.
Ne filtrons pas le moucheron en avalant le chameau. Sachons corriger ce qui doit l’être, sans jamais négliger l’essentiel : aimer, former, écouter, accompagner et conduire vers Dieu.
🎥 Retrouvez la méditation originale en vidéo (Portugais_ :
https://www.youtube.com/watch?v=SrHOMy5RQeo