Avoir le cœur toujours en Dieu - les Béatitudes, chemin de la vraie liberté

Avoir le cœur toujours en Dieu : les Béatitudes, chemin de la vraie liberté

Mgr João S. Clá Dias
4ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine IV du Psautier) — Année A

L’ordre parfait de l’homme au paradis terrestre

Au paradis terrestre, l’homme était entièrement ordonné. Avant tout, la foi illuminait la raison, la raison donnait la vraie lumière à la volonté, et la volonté, parfaitement équilibrée, avait une grande facilité à choisir le bien. Il n’existait en lui aucune inclination désordonnée, car les parties inférieures et les lois inférieures se soumettaient pleinement à ce qu’il y avait de plus élevé. L’homme vivait ainsi une vie heureuse, sans combat intérieur, sans désordre possible.

Le péché originel et la rupture de l’ordre intérieur

Après le péché originel, le premier désastre apparaît au sein même de la famille qui donne naissance à l’humanité. Deux fils, Abel et Caïn, offrent un sacrifice à Dieu. Celui d’Abel est accepté et s’élève d’une manière admirable. Caïn, voyant cela, est saisi d’une jalousie violente. Il offre à son tour un sacrifice, mais le feu ne prend pas et une fumée noire et suffocante s’élève. Il comprend que son offrande est rejetée. Sa jalousie devient telle qu’il ne résiste pas et, armé d’un poignard, il tue son frère Abel.

Le drame d’Ève et les conséquences du péché

Abel revient dans les bras de sa mère, mort et ensanglanté. Le criminel est l’autre fils d’Ève. Un fils assassiné, un fils assassin. C’est un drame absolu. Ève pleure, sanglote, tenant dans ses mains le corps de son enfant. Elle aime encore Caïn, mais une question la tourmente sans cesse : pourquoi a-t-il agi ainsi ? Comment a-t-il pu tuer son frère ?

Voyant le sang encore chaud qui s’échappe de la poitrine d’Abel, elle embrasse son visage déjà froid. Elle voudrait lui rendre la vie, mais elle ne le peut pas. Alors une lumière douloureuse s’impose à elle : pourquoi ai-je désobéi à Dieu ? Pourquoi ai-je accepté ce fruit ? C’est là que commence le drame qui s’installe au cœur de la nature humaine.

Le sermon sur la montagne et la réponse du Christ

Ce drame trouve ensuite son orientation, son redressement et sa réponse dans l’action de Notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’il proclame le sermon sur la montagne. Cette montagne est bien différente du Sinaï, où Dieu avait donné la Loi à Moïse. Le Sinaï est élevé, abrupt, imposant. Ici, Jésus se tient devant une grande foule, avec ses Apôtres autour de lui.

Les guérisons du Christ et la nécessité de la doctrine

Après avoir multiplié les guérisons, rendu la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la parole aux muets, la marche aux paralysés, et même la vie aux morts, vient le moment où Notre Seigneur doit transmettre sa doctrine. Il fallait que les Apôtres comprennent ce qui se trouvait derrière ces actes, car la pratique qu’ils observaient était nouvelle et ne correspondait pas à la doctrine qu’ils connaissaient jusque-là.

L’égoïsme comme fruit du péché originel

Cette doctrine ancienne reposait, dans la pratique, sur l’égoïsme, l’amour-propre, la volonté de s’élever au-dessus des autres, la vanité, l’orgueil, l’attachement excessif aux biens matériels, à l’accumulation des richesses et à la recherche d’une sécurité purement terrestre. Peu à peu, surtout à partir de l’âge adulte, l’homme devient de plus en plus préoccupé par sa sécurité. S’il ne s’engage pas sur le chemin de la sainteté, les années ajoutent encore à cet égoïsme, à ces amours-propres, à ces vanités et à cet orgueil.

La contre-révolution spirituelle apportée par le Christ

C’est dans ce contexte que Notre Seigneur apparaît comme l’auteur d’une véritable contre-révolution. Après le péché originel, l’homme s’est dressé contre Dieu, contre la loi morale, et a bâti une société fondée sur la haine, les querelles et l’égoïsme. Le Christ vient restaurer l’ordre, non en redonnant le don d’intégrité du paradis, mais en offrant quelque chose de bien plus grand : la grâce. Cette grâce soutient la nature humaine déchue et lui donne la force de résister à ses mauvaises inclinations. C’est cette force que Notre Seigneur propose dans le sermon sur la montagne.

La liturgie du jour et le message des lectures bibliques

La liturgie du jour s’inscrit pleinement dans cette perspective. La première lecture, tirée du prophète Sophonie, nous transporte dans un contexte de profonde décadence morale. Sophonie appelle les humbles à chercher le Seigneur, à pratiquer la justice et l’humilité, afin de trouver refuge au jour de la colère divine. Il esquisse déjà l’esprit des béatitudes, bien avant l’effusion de grâce que le Christ apportera.

Saint Paul, dans la seconde lecture, nous révèle la méthode de la Providence, qui choisit ce qui est faible et méprisé aux yeux du monde pour confondre ce qui se croit fort et important. Le psaume responsorial proclame : heureux les pauvres en esprit. Toute la liturgie converge vers ce détachement des biens matériels et cette recherche du vrai bonheur, qui ne se trouve pas dans les choses de la terre.

Heureux les pauvres en esprit et le vrai bonheur chrétien

Le sermon sur la montagne s’ouvre précisément par cette béatitude : heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. Les pauvres en esprit sont ceux qui, qu’ils possèdent ou non des biens, accordent plus de valeur à Dieu qu’aux réalités matérielles. Ce qui compte pour eux n’est pas d’avoir ou de ne pas avoir, mais de vivre dans la grâce et sous la protection de Dieu.

La pauvreté en esprit et le détachement des biens matériels

La pauvreté en esprit consiste à ne pas absolutiser les biens matériels, à refuser les suggestions du mal et à ne pas consentir au péché. Les biens matériels sont contingents et dépendent entièrement de l’action de Dieu. Dieu seul est l’absolu, celui qui nous crée et nous maintient dans l’existence.

Les béatitudes comme chemin de sainteté

Toutes les autres béatitudes découlent de celle-ci et s’y résument. Les affligés seront consolés, les doux posséderont la terre, ceux qui ont faim et soif de justice seront rassasiés, les miséricordieux obtiendront miséricorde, les cœurs purs verront Dieu, les artisans de paix seront appelés fils de Dieu, et ceux qui sont persécutés à cause de la justice possèdent déjà le royaume des cieux.

La vie chrétienne comme épreuve et espérance du ciel

Cette liturgie nous rappelle ainsi que la vie terrestre est un temps d’épreuve. Elle nous invite à aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme nous-mêmes, afin de nous préparer à la rencontre définitive avec Dieu. Tous, baptisés, nous sommes appelés à vivre selon cet esprit, chacun dans son état de vie, afin que notre chemin nous conduise vers le ciel.


Notes

Références liturgiques

Première lecture : Sophonie 2, 3 ; 3, 12-13
Psaume responsorial : Psaume 145 (146)
Deuxième lecture : 1 Corinthiens 1, 26-31
Évangile : Matthieu 5, 1-12a

Le présent texte est une traduction fidèle et adaptée à l’écrit d’une homélie dominicale de Mgr João Clá Dias, proposée afin d’aider les fidèles à mieux approfondir le message spirituel du 4ᵉ dimanche du Temps Ordinaire.
L’homélie originale, intitulée Homilia Dominical | COMO ter o CORAÇÃO SEMPRE em DEUS, est disponible en version vidéo sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=THNa-slU6pw