Aide médicale à mourir : Philippe Couillard doute de l’élargissement de la loi québécoise

Le Château Frontenac et le Vieux-Québec vus du fleuve Saint-Laurent
L'ancien premier ministre du Québec Philippe Couillard a déclaré sur CBC Radio ne pas être sûr qu'il voterait de nouveau la loi de 2014 sur l'aide médicale à mourir, vu son élargissement. Le 27 octobre 2026, Ottawa a déposé le projet de loi C-41.

L’ancien premier ministre du Québec Philippe Couillard a relancé le débat sur l’aide médicale à mourir en disant douter qu’il voterait de nouveau la loi québécoise de 2014, compte tenu de son élargissement depuis dix ans. Il s’est exprimé le 10 octobre 2026 sur les ondes de CBC Radio, dans l’émission The House. Le 27 octobre, le gouvernement fédéral a déposé un nouveau projet de loi sur l’aide médicale à mourir.

Une loi pensée pour la fin de vie

Neurochirurgien de formation, Philippe Couillard a dirigé le Parti libéral du Québec et a été premier ministre de 2014 à 2018. Selon lui, la loi adoptée en 2014 était « clairement réservée » aux personnes atteintes d’une maladie terminale ou proche du terme, « et ce n’est plus le cas », a-t-il déclaré en anglais. « Je ne suis pas sûr que je voterais de nouveau pour cette loi avec l’élargissement que nous avons vu ces dernières années », a-t-il ajouté.

L’ancien premier ministre reconnaît que des opposants l’avaient prévenu dès le départ : une fois la porte ouverte, elle ne se refermerait pas et s’ouvrirait davantage. « Et c’est ce qui s’est passé », a-t-il admis. Il ne renie pas pour autant sa décision de 2014, en évoquant des patients qu’il a connus pendant sa carrière médicale, dont la détresse le convainc encore qu’« on a fait la bonne chose ». Sollicité ensuite par les médias catholiques canadiens, il a refusé tout autre commentaire.

Des critères élargis par les tribunaux et le législateur

Le Québec a été en 2014 la première province à légaliser l’aide médicale à mourir, deux ans avant la loi fédérale. L’Assemblée nationale avait adopté le texte par 94 voix contre 22. En 2019, la Cour supérieure du Québec a invalidé le critère fédéral de « mort naturelle raisonnablement prévisible » et le critère québécois de « fin de vie ». Ottawa a suivi en 2021 avec le projet de loi C-7, qui a ouvert l’aide médicale à mourir à des personnes dont la mort n’est pas prévisible à court terme. En 2024, le Québec a en outre autorisé les demandes anticipées, notamment pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Pour Alex Schadenberg, directeur de l’Euthanasia Prevention Coalition, ces propos justifient un examen complet du régime québécois et canadien, qui permettrait aux familles touchées de témoigner devant les commissions parlementaires.

Le projet de loi C-41

Depuis l’entrevue de M. Couillard, Ottawa a précisé ses intentions. Déposé le 27 octobre à la Chambre des communes par le ministre de la Justice, Sean Fraser, et la ministre de la Santé, Marjorie Michel, le projet de loi C-41 maintient l’exclusion des personnes dont la seule condition médicale est une maladie mentale. Sans nouvelle loi, cette exclusion devait prendre fin en mars 2027. Faute de consensus clair après des années d’études, Mme Michel y voit « la décision la plus responsable ».

Le projet de loi crée aussi un cadre fédéral pour les demandes anticipées, que chaque province pourra choisir d’offrir ou non. Le Québec est pour l’instant la seule province à les autoriser. Selon Gaudium Press, le Canada a enregistré 16 499 décès par aide médicale à mourir en 2024, un total que les opposants présentent comme le plus élevé au monde. L’exclusion liée à la maladie mentale fait par ailleurs l’objet d’une contestation constitutionnelle engagée en 2024 par l’organisme Mourir dans la dignité Canada.

Photo : PxHere, domaine public (CC0) / Gaudium Press

Par la rédaction des Hérauts de l’Évangile, d’après Gaudium Press (Raju Hasmukh, avec OSV News) et Noovo Info. Notre politique éditoriale