Béni soit le jour qui l’a vue naître !

Nativité de la Vierge Marie, fresque de Giotto di Bondone, chapelle des Scrovegni, Padoue (Italie)

Le lever du soleil n’est qu’une pâle image de l’aurore resplendissante que fut l’apparition de la Très Sainte Marie sur cette terre. Béni l’instant où vint au monde la créature virginale destinée à être la Mère du Sauveur !

La naissance de de la Vierge Marie apporta à l’humanité quelque chose d’inconnu jusqu’alors : une créature exempte de toute tache, un lys d’une beauté incomparable, appelé à réjouir les chœurs angéliques et la terre entière. Au milieu de l’exil du genre humain corrompu, apparaissait un être immaculé, conçu sans péché originel.

Elle portait en Elle toutes les richesses naturelles qu’une femme puisse posséder. Dieu lui avait accordé une personnalité d’un prix inestimable, et sa présence parmi les hommes représentait, à ce titre également, un trésor véritablement incalculable.

Or, si à ces dons naturels nous ajoutons les trésors incommensurables de grâce qui l’accompagnaient — les plus grands que Dieu notre Seigneur ait jamais accordés à quiconque — nous pouvons comprendre l’immense portée de son avènement dans le monde. Le lever du soleil n’est qu’une pâle réalité comparée à l’aurore resplendissante que fut l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie sur cette terre !

L’intronisation la plus solennelle d’un roi ou d’une reine, ou les phénomènes naturels les plus grandioses, ne sont rien face à la naissance de la Vierge. En cet instant béni, salué à coup sûr par la joie de tous les Anges du Ciel, on peut supposer qu’aient surgi, dans les âmes droites dispersées à travers le monde, des sentiments de joie inaccoutumés. Et ils pourraient bien s’exprimer par une paraphrase des paroles de Job : « Béni soit le jour qui vit naître la Très Sainte Vierge, bénies les étoiles qui La contemplèrent toute petite, béni l’instant où vint au monde la créature virginale destinée à être la Mère du Sauveur ! »

Sa venue au monde fut le début de notre rédemption

S’il est possible de dire que la Rédemption des hommes a commencé avec la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, on peut affirmer la même chose, toutes proportions gardées, au sujet de la nativité de la Bienheureuse Viereg Marie, car tout ce que le Sauveur nous a apporté a commencé avec celle qui allait le donner au monde.

On comprend alors les espérances de salut, d’indulgence, de réconciliation, de pardon et de miséricorde qui s’ouvrirent pour l’humanité en ce jour béni où Marie naquit sur cette terre d’exil. Moment heureux et magnifique, il fut le point de départ de l’existence insondablement parfaite, pure et fidèle de celle qui était destinée à être la plus grande gloire du genre humain de tous les temps, immédiatement après Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Verbe de Dieu incarné.

Beaucoup de théologiens affirment que, ayant été conçue sans péché originel, la Vierge Marie fut dotée de l’usage de la raison dès le premier instant de son être. Dans le sein de sainte Anne, où Elle vivait comme dans un tabernacle, Elle aurait donc déjà eu des pensées très hautes et très sublimes.

On peut établir un parallèle entre cette situation et ce que rapporte la Sainte Écriture au sujet de saint Jean-Baptiste. Lui qui avait été engendré dans le péché originel, en entendant la voix de la Vierge Marie saluant sainte Élisabeth, tressaillit d’allégresse dans le sein de sa mère.

Il est donc possible que la Bienheureuse Vierge Marie, avec la très haute science qu’Elle avait reçue par la grâce de Dieu, ait déjà commencé, dans le sein maternel, à demander la venue du Messie, et que se soit établi dans son esprit le très élevé dessein de devenir un jour la servante de la Mère du Rédempteur.

Quoi qu’il en soit, sa seule présence sur la terre était une source de grâces pour ceux qui s’approchaient d’Elle et de sainte Anne, et Elle le serait plus encore après sa naissance. Si de la tunique de Notre-Seigneur, comme le rapporte l’Évangile, rayonnaient des vertus curatives pour qui la touchait, combien plus devait-il en être de la Mère de Dieu, Vase d’élection !

À peine née, déjà victorieuse sur le démon

Anges vénérant la Vierge nouveau-née, vitrail de la cathédrale Saint-Pierre de Condom (France)
Anges vénérant la Vierge nouveau-née – Cathédrale Saint-Pierre, Condom (France) – Photo : Francisco Lecaros

Si la venue du Sauveur a vaincu le mal dans le genre humain, la nativité de la Très Sainte Vierge, en voyant le jour, marqua le début de la victoire du bien et de l’écrasement du démon. Celui-ci perçut lui-même qu’une partie de son sceptre était irrémédiablement brisée. La Vierge Marie commençait à influer sur les destinées de l’humanité.

Le monde d’alors se trouvait plongé dans le paganisme le plus radical, dans une situation fort semblable à celle de nos jours : les vices régnaient, les formes les plus diverses d’idolâtrie avaient envahi la terre, et la décadence menaçait jusqu’à la religion juive elle-même, préfiguration de la religion catholique. Partout, l’erreur et le démon triomphaient.

Cependant, au moment décrété par Dieu dans sa miséricorde, celui-ci abattit le rempart du mal en faisant venir la Vierge Marie au monde. De la racine de Jessé s’épanouissait le divin lys, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Avec sa naissance commençait l’irréversible destruction du royaume de Satan.

La « naissance » de Marie dans notre vie spirituelle

Ce premier triomphe de la Vierge Marie sur le mal nous suggère une autre réflexion.

Combien de fois, dans notre vie spirituelle, nous trouvons-nous plongés dans la lutte contre les tentations, nous débattant et nous retournant au milieu des difficultés ! Et nous n’avons aucune idée du moment où viendra le jour béni où une grande grâce, une faveur insigne, mettra fin à nos tourments et à nos luttes, nous procurant enfin un grand progrès dans la pratique de la vertu.

En ce moment se produira comme une naissance de la Très Sainte Vierge dans nos âmes. Elle surgira dans la nuit des plus grandes épreuves et des ténèbres les plus épaisses, triomphant dès le début des difficultés auxquelles nous serons confrontés. Elle se lèvera comme une aurore dans notre existence, en venant jouer dans notre vie spirituelle un rôle jusqu’alors inconnu de nous.

Cette pensée doit nous remplir de joie et d’espérance, nous donnant la certitude que la Vierge Marie ne nous abandonne jamais. Aux heures les plus difficiles, Elle fait pour ainsi dire irruption parmi nous, résolvant nos problèmes, apaisant nos douleurs et nous donnant la combativité et le courage nécessaires pour accomplir notre devoir jusqu’au bout, si ardu soit-il. La plus grande consolation qu’Elle nous apporte est précisément cet affermissement de la volonté, qui nous permet d’entreprendre la lutte contre les ennemis de notre salut.

Une aurore dans la trame de l’histoire

La Vierge Marie nous donne aussi la force de devenir de zélés enfants de l’Église et des défenseurs de la religion catholique. Il existe des éléments historiques permettant d’affirmer que toutes les grandes âmes qui ont combattu les diverses hérésies au long des siècles ont été spécialement suscitées par Elle. C’est ce que suggère, de façon fort belle, le blason des clarétains, où figurent, outre le Cœur Immaculé de Marie, saint Michel Archange et la devise : « Ses fils se sont levés et L’ont proclamée bienheureuse. »

Ce redressement des dévots de la Très Sainte Vierge pour La glorifier n’est-il pas, lui aussi, une forme de naissance d’Elle, telle une magnifique aurore, dans la trame de l’Histoire ?

Ainsi, les véritables enfants de la Très Sainte Vierge doivent désirer et lui demander la grâce d’être indomptables et implacables contre le démon et ses suppôts qui, de nos jours, cherchent à souiller la gloire de l’immortelle Église du Christ.

Extrait, avec quelques adaptations, de la revue « Dr Plinio ». Année II. N° 18 (sept. 1999) ; p. 13-15