[Gaudium Press 11/11/2025] Andrea Gagliarducci, l’un des vaticanistes les plus reconnus à ce jour et spécialiste de la diplomatie du Saint-Siège, révèle à l’opinion publique un ouvrage publié et organisé par le canoniste Dr José Manuel Jiménez Aleixandre et par sœur Juliane Vasconcelos Almeida Campos, docteure en philosophie, intitulé : Le Commissariat des Hérauts de l’Évangile : Chronique des faits 2017-2025, punis sans dialogue, sans preuves, sans défense.
Dans une brève recension, il passe en revue quelques points marquants de l’intervention du Dicastère dirigé par le cardinal Dom João Braz de Aviz dans ce qui est l’une des associations « les plus florissantes » de notre époque.
Dans la vision acérée de cet analyste, il est important de porter le cas à la connaissance du public : c’est un excellent exemple de la façon dont l’idéologie, lorsqu’elle est placée au-dessus de l’objectivité des faits, peut infliger de graves dommages non seulement à l’institution concernée mais à l’Église elle-même. Le vaticaniste suggère que persistent des oppositions inutiles qui blessent l’unité de l’Église.
Gagliarducci s’en tient strictement aux faits
Comme on peut le constater : la visite apostolique avait émis un avis favorable aux Hérauts et pourtant le commissariat a été imposé. L’animosité du cardinal Braz de Aviz est notoire depuis ses années comme évêque à Ponta Grossa (Brésil). Il existe un vaste appendice documentaire qui prouve les graves et injustes préjudices moraux, financiers et spirituels subis par l’institution. Les Hérauts se trouvent dans un processus kafkaïen, ne sachant pas même contre quoi ils doivent se défendre devant le Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.
Il est vrai que plus de trente procédures ont été ouvertes contre l’institution. Toutefois, après lecture impartiale de l’imposant appareil documentaire préparé par le commissariat lui-même et publié dans l’ouvrage, on perçoit son caractère artificiel : elles ont été orchestrées — avec l’aide, comme le livre le montre, de certains ecclésiastiques — pour produire ce que Gagliarducci appelle un « fracas médiatique ». Il ajoute qu’il existe des témoignages selon lesquels des agents ont tenté d’influencer négativement le pape sur cette affaire, dans le but de le tromper quant à la véracité des faits. Le vaticaniste évoque les questions liées aux mineurs et aux supposés exorcismes. Quoi qu’il en soit, il souligne à plusieurs reprises que toutes les procédures ont abouti en faveur des Hérauts de l’Évangile.
Malgré tout cela, tout le processus vocationnel des Hérauts reste gelé par le Dicastère à ce jour : l’admission de nouveaux membres est impossible et — malgré aucun empêchement canonique — aucune ordination diaconale ou sacerdotale n’a eu lieu depuis 2019, privant l’Église d’au moins une centaine de nouveaux prêtres. Qui, au bout du compte, sont les victimes ?
Face à ce panorama, le vaticaniste se demande comment le pape Léon XIV répondra à ce dossier si important pour l’Église, en particulier au Brésil. Ses gestes en faveur de la justice et de la vérité sont, jusqu’à présent, de bon augure. Il ne reste plus qu’à confirmer ses frères (cf. Lc 22,32).
Introduction par Rafael Tavares

Pourquoi parler du cas des Hérauts de l’Évangile aujourd’hui ?
(Andrea Gagliarducci) Parmi les héritages du pontificat du pape François, il y a aussi une question qui reste en suspens et qui voit une mise sous tutelle reportée sine die pour des accusations qui n’ont jamais été réellement vérifiées, et même lorsque les procès civils intentés (pas moins de 30) se sont toujours soldés par un non-lieu ou l’acquittement des personnes impliquées.
Cette affaire est racontée dans un livre détaillé, composé pour un tiers de documents originaux, intitulé Il Comissiariamento degli Araldi del Vangelo : cronologia degli eventi 2017-2025 (La mise sous tutelle des Hérauts de l’Évangile : chronologie des événements 2017-2025), publié ces jours-ci en italien. Écrit par José Manuel Jiménez Aleixandre et Sœur Juliane Vasconcelos Almeida Campos, tous deux hérauts de l’Évangile, le livre détaille en plus de sept cents pages toute l’histoire des Hérauts de l’Évangile, à partir de la décision de leur mise sous tutelle en 2019 après une visite apostolique lancée en 2017.
La visite apostolique, puis la mise sous tutelle, ont touché l’une des réalités les plus florissantes des congrégations religieuses, avec des œuvres dans 78 pays, et une vocation à faire de la culture et à créer une civilisation de l’amour qui plaisait à Jean-Paul II, à tel point que les Hérauts ont été la première association de fidèles érigée par le siège au cours du nouveau millénaire.
Pourquoi parler aujourd’hui du cas des Hérauts de l’Évangile ?
Tout d’abord, parce que le cas des Hérauts semble représentatif de plusieurs cas survenus pendant le pontificat du pape François. Le dernier de ces cas, celui du Sodalitium Christianae Vitae, a vu la suppression de l’association par le pape François sur son lit de mort – mais dès 2024, le cardinal Carlos Castillo Mattasoglio, archevêque de Lima, écrivait un article dans le quotidien espagnol El País pour demander sa suppression.
Le cas du Sodalitium a montré un revirement dans la pratique générale du Saint-Siège, car même lorsque des cas graves d’abus de la part des fondateurs se sont produits – voir le cas Maciel et les Légionnaires du Christ – le choix a toujours été de réformer la congrégation et de conserver les bons fruits.
Mais le cas du Sodalitium témoigne également d’une situation qui, en Amérique latine, s’est polarisée à un point tel qu’il est difficile de distinguer le bien du mal, l’idéologie de la réalité, et où les erreurs et les péchés sont mélangés d’une manière qui conduit chaque décision à être politique et à concrétiser cette lutte entre progressistes et conservateurs qui, en réalité, est de plus en plus absorbée par les fidèles.
À cet égard, le fait que le dicastère ait été dirigé pendant les années incriminées par un cardinal brésilien, João Braz de Aviz, qui n’avait pas eu de bonnes expériences avec les Hérauts et qui, pendant ses années d’épiscopat au Brésil, s’était trouvé dans des positions opposées, n’a certainement pas aidé.
Les Hérauts, cependant, n’ont pas commis d’abus reconnus, du moins jusqu’à présent. L’acharnement peut se justifier par le nombre d’accusations, mais en réalité, lorsqu’aucune accusation n’est prouvée devant les tribunaux, pourquoi poursuivre l’attaque ?
Mais l’affaire des Hérauts de l’Évangile rappelle aussi, mutatis mutandis, le procès sur la gestion des fonds de la Secrétairerie d’État du Vatican, le fameux « procès Becciu », car, en fin de compte, plusieurs décisions semblent arbitraires, plusieurs accusations semblent préjudiciables et la construction du récit ne peut que conduire à une attaque.
Enfin, l’affaire des Hérauts de l’Évangile rappelle de nombreux autres procès vaticanesques de ces dernières années, où les suspects se sont retrouvés au centre d’un tollé médiatique bien avant de pouvoir se défendre. Une situation qui rappelle le personnage du Procès de Kafka, qui se retrouve dans un procès sans savoir pourquoi et ne peut que se défendre sans savoir comment.
Il faut dire clairement que le livre est écrit par deux hérauts de l’Évangile. Cependant, c’est l’appareil documentaire, avec les lettres, les communications et les mots exacts du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, qu’il faut vraiment examiner, sans préjugés, pour se faire une idée de la situation.
Les demandes visant à transformer la nature de l’association de fidèles, de privée à publique, sont interprétées comme une volonté de s’approprier les biens de l’association elle-même. Et oui, la visite apostolique, lancée en 2017, avait obtenu des résultats définitivement positifs, selon plusieurs sources. Le Dicastère a néanmoins décidé de les mettre sous tutelle.
De nombreuses accusations ont été portées contre les Hérauts de l’Évangile. On dit que les Hérauts ont désobéi à la décision du Dicastère de ne pas accueillir de mineurs. En réalité, ce sont toutes les familles de ces mineurs, bouleversées par cette décision et blessées dans leurs droits, qui ont pris la responsabilité de maintenir les enfants dans un environnement sain et catholique. On a parlé d’exorcismes pratiqués en dehors des fonctions diocésaines, mais il s’agissait en réalité de prières de guérison, une sorte d’« exorcisme charismatique » dont la nature a également été clarifiée par l’évêque local.
Au-delà de tout cela, le fait est que plus de 30 accusations civiles et canoniques portées contre les Hérauts de l’Évangile se sont bien terminées pour eux, comme l’atteste également la commission chargée par le Saint-Siège.
Ce qui est frappant, c’est que les Hérauts soulignent qu’ils n’ont jamais été informés des raisons de la visite apostolique et de la mise sous tutelle. Mais même le commissaire, le cardinal Raymundo Damasceno Assis, n’a pas été reçu comme il se doit, tandis que l’évêque de Bragança Paulista, sous la juridiction duquel se trouve un nombre très important de maisons des Hérauts, n’a jamais été reçu.
Que va faire Léon XIV maintenant ? C’est la question qui reste en suspens. Va-t-il écouter la version des Hérauts de l’Évangile, leur permettre de se défendre ou prendre une décision sur la base des conclusions du Dicastère ou des informations qui lui parviennent ?
Ce livre est une lecture indispensable, ne serait-ce que parce qu’il est juste de lire les documents et d’écouter l’autre version des faits. Il est nécessaire de sortir des préjugés idéologiques et d’essayer de comprendre s’il faut vraiment demander aux Hérauts de faire face à la situation interne, ou plutôt certifier que les accusations ne trouvent pas de confirmation dans la réalité.
Cet équilibre est aujourd’hui l’exercice le plus difficile. Il est nécessaire pour que l’Église parvienne à surmonter la période des oppositions et entre dans celle de la communion.
Par Andrea Gagliarducci, texte original en italien sur Vatican Reporting



